La modération en réponse à nos vies encombrées

TROP. Trop de tout. Trop de possibilités. Trop de sollicitations. Trop de choses à faire. Trop de choix dans les rayons. Trop de choses dans nos maisons. Trop d’informations à lire. Le trop est partout. Il envahit tout, nos espaces, de vie, de travail, notre agenda, nos ordinateurs, nos messageries. Il encombre nos vies, il sature notre cerveau, il nous écrase.

Et si, finalement, la modération était la clé d’un rapport au temps pacifié et de notre équilibre ?

Et si, plutôt que de chercher comment faire pour accomplir toujours plus dans un temps forcément limité, nous choisissions délibérément de restreindre nos envies et de revenir à des ambitions plus réalistes ?

Notre vraie liberté ne pourrait-elle pas résider dans notre capacité à limiter notre appétit toujours plus grand ? Ce même appétit qui nous pousse parfois, de manière frénétique et incontrôlée, à vouloir toujours plus, à vivre toujours plus d’expériences, à viser toujours plus haut, à travailler encore plus fort pour pouvoir nous offrir encore plus de possessions matérielles, lesquels finissent invariablement par nous encombrer et pour lesquelles nous dépensons, en bout de course, beaucoup de temps et d’énergie lorsque l’envie nous prend de désencombrer et d’alléger notre vie… La boucle est bouclée !

Ne pourrions-nous pas prendre le contre-pied de ce mode de fonctionnement insensé pour nous poser la seule et unique vraie question : « Assez, c’est combien pour moi ? »

Suis-je en capacité de me satisfaire, aujourd’hui, de ce que j’ai déjà ?

Est-ce que je prends le temps, lorsque j’ai atteint un objectif, ou un simple palier, de savourer le chemin parcouru avant de jeter toutes mes forces dans un autre graal à atteindre ?

C’est en tous les cas une piste de réflexion à creuser pour qui nourrit l’intention sincère de se réapproprier son temps et de retrouver le plaisir d’être et de faire au cours du chemin.

Une invitation à faire la paix avec soi

La modération, si chère à Pierre Rabhi1, est une invitation à faire la paix avec soi. Elle permet, même temporairement, d’accepter de déposer les armes pour vivre une vie plus harmonieuse et respectueuse de son propre rythme biologique.

Elle nous apprend à reconnaitre nos propres limites et à détecter que ce énième projet sera probablement le projet de trop, celui que nous aurons du mal à honorer et qui nous éloignera définitivement de notre équilibre.

Elle nous permet de ne pas vivre constamment dans un futur hypothétique mais au contraire d’être davantage ancré dans l’instant présent. Elle nous invite à apprécier pleinement notre expérience actuelle, telle qu’elle se présente à nous maintenant, avec les trésors qu’elle recèle (pour peu qu’on ait suffisamment de temps et d’attention à leur accorder) et avec ses imperfections aussi.

Nous pouvons adopter l’esprit de modération dans les choix que nous faisons, dans notre façon de consommer, dans notre rapport aux choses (matérielles comme immatérielles), dans notre relation au temps et aux autres.

  1. La puissance de la modération, Pierre Rabhi, Editions HOZHONI, 2015.

Cultiver l’audace d’être différent

Mais pour y parvenir, nous devrons d’abord renoncer une fois pour toutes à « faire comme les autres ». Nous devrons faire confiance à notre intuition et nous mettre prioritairement à l’écoute de notre ressenti, nous détacher du regard des autres et avoir l’audace de choisir notre propre voie, au risque parfois de déplaire, ou d’être simplement différent !

Parce que nous sommes incontestablement les mieux placés pour savoir ce qui est bon et juste pour nous. Juste assez.

Ni plus ni moins.


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